Dans l'édition de l'Hebdo des Socialistes de ce week-end, un dossier spécial sur l'inscription sur les listes électorales a été réalisé, avec une interview de notre camarade Cali. Bonne lecture et surtout inscrivez-vous sur les listes électorales avant le 31 décembre 2006 !!!
Cali a récemment adhéré au PS, après un long passé de sympathisant de gauche. Objectif : « s’engager pour le changement ». Pour cela, l’auteur-compositeur-interprète de C’est quand le bonheur ? a accepté de devenir le parrain de la campagne d’inscription des jeunes sur les listes électorales, lancée par le Parti socialiste. Entretien en toute simplicité avec un chanteur militant, sur scène comme à la ville.
Qu’est-ce qui vous a poussé à vous investir dans cette campagne ?
J’avais une foule de bonnes raisons de relever ce défi. Je suis très admiratif du réveil des consciences qui s’opère dans les banlieues grâce à l’action de personnes comme Lilian Thuram, Jamel Debbouze ou Diam’s. Moi aussi, je voulais aider. Et puis, quand on voit Jacques Chirac remettre la légion d’honneur à un type comme Vladimir Poutine, on se dit qu’on ne peut plus laisser des gens pareils diriger notre pays ! Enfin, à 38 ans, je trouve que l’enjeu politique actuel est très différent de l’époque où j’ai pris ma carte d’électeur. On voit l’émergence d’une droite très dure qui flirte avec les extrêmes, par exemple avec les lois sur les sans-papiers. Les flics peuvent aller chercher des enfants jusque dans leur classe pour les reconduire à la frontière. Ça rappelle de mauvais souvenirs… Alors, aujourd’hui plus que jamais, choisir sa voie, c’est important. Le pays est en danger. On ne peut plus se permettre de dire « les politiques, tous pourris » et de ne pas prendre sa carte d’électeur ou de ne pas se déplacer le jour du vote. On l’a déjà vécu ensemble : il y a un vrai risque de voir Le Pen au second tour. C’est pour cela que j’ai accepté la proposition de Jack Lang de devenir parrain de la campagne citoyenne. Si je suis ici aujourd’hui, ce n’est pas pour expliquer aux gens pour qui voter ou leur faire la morale. Je suis là pour leur dire : « Vous pouvez faire bouger les choses ! Votez ! »
Vous avez récemment adhéré au Parti socialiste, qu’est-ce qui a suscité cet engagement ?
C’est à Jack Lang que revient tout le mérite de cette nouvelle adhésion (rires). On s’entend bien. Il a suivi ma carrière, il est souvent venu me voir lors des concerts et des festivals pour parler, poser des questions mais aussi écouter. C’est quelqu’un avec qui j’ai vraiment sympathisé, avec qui je me sens des idées communes. Du coup, j’ai tout de suite soutenu l’idée de sa candidature à l’investiture du PS. Pour moi comme pour beaucoup de sympathisants, 2007 représente une chance, un espoir de changement. Alors, tout naturellement, j’ai décidé de sauter le pas et de prendre ma carte du PS en avril dernier. Quand Jack s’est finalement retiré de la course à l’investiture, j’ai été séduit par la personnalité de Ségolène Royal. D’ailleurs Jack Lang l’a rapidement suivie. Pour moi, c’était une sorte de continuité, de logique. Elle incarnait ce changement que j’attendais.
Vos proches et vos parents sont eux-mêmes très militants. Vous êtes tombé dans la marmite de la politique tout petit ?
C’est vrai qu’il y a un « passif » de gauche bien enraciné dans ma famille. Je me souviens de discussions enflammées dans mon village. Mon père était encarté au PS. Je le voyais partir dans des comités de réflexion. Il a pleuré d’émotion en 1981 quand le visage de Mitterrand est apparu à la télé. On est un peu passionné dans la famille… Mon grand-père, Giuseppe Caliciuri, faisait partie des Brigades internationales. Il a rencontré ma grand-mère à Barcelone où il avait rejoint ceux qui se battaient contre Franco. En 1939, ils se sont repliés ensemble en France où ils ont été plutôt mal accueillis. Les résistants espagnols ont été parqués sur une plage, sans eau, sans rien… Certains réfugiés étaient emmenés, on ne sait où, et n’ont jamais réapparus. Tout ça se passait hier, et fait pourtant partie de mon histoire. Alors forcément, je suis un peu plus sensible que d’autres à la question de l’immigration et des réfugiés. Pour moi, l’engagement personnel est peut-être le meilleur moyen de faire bouger les choses. J’en ai été convaincu assez tôt. Vers l’âge de 20 ans, je me suis même présenté à des élections municipales, sans étiquette politique. Je m’en suis sorti avec un joli 20 % des voix. Mais à bien y regarder, je ne sais pas trop comment il faut interpréter ce résultat : un certain Mick Jagger a eu quatre voix cette année-là… Vous imaginez sa tête s’il avait été élu ?
Vous ne vous limitez pas à cette seule campagne de parrainage. À travers diverses initiatives, vous avez un véritable engagement citoyen…
Cette année, j’ai parrainé l’opération de la Fnac, On aime, on aide, un disque contre l’illettrisme et pour le soutien aux enfants déscolarisés ou en grande difficulté scolaire. Je fais partie du mouvement du Chaos social, avec les Têtes raides. Nous faisons venir des militants, des gens de terrain qui interviennent sur des thématiques diverses, le tout entrecoupés de concerts. C’est festif et informatif. Et je donne aussi du temps à ma propre association, L’amour parfait, et à la structure dont elle est partenaire, [Les papas = Les mamans], qui écoute les pères en détresse lors des déchirements des couples ou des divorces. Seuls 10 % des papas obtiennent la garde de leur enfant lors d’une séparation. Certains pères doivent même faire jusqu’à 500 bornes pour voir leurs enfants, dans une chambre d’hôtel minable… La garde alternée devrait être envisagée d’emblée, puis ensuite aménagée au cas par cas. J’espère que Ségolène Royal sera à l’écoute des associations de terrain et qu’elle trouvera le moyen d’introduire des changements rapides et efficaces.
Donc vous êtes plutôt favorable à son initiative de forums participatifs ?
Oui, je trouve ça très sain. Les forums ne sont pas là pour pallier le manque d’idées, comme je l’entends dire parfois autour de moi. Mais pour écouter vraiment les gens sur des thèmes fondamentaux. C’est un nouvel espace de dialogue républicain entre les politiques et les Français. Personnellement, j’attends beaucoup de ces forums. C’est un pari osé et risqué pour Ségolène Royal et ça me plait. Aujourd’hui, le risque est obligatoire en politique. En donnant la parole aux citoyens, elle a créé des attentes fortes auxquelles elle va devoir répondre. Et c’est cela, la nouveauté de Ségolène : avec un bagout incroyable, elle ouvre la porte à tous les Français. Elle opère un véritable rassemblement.
Propos recueillis par Camille Lamotte
Un jeune militant socialiste nantais, Arnaud Sanchez, lance une pétition pour obtenir l'exclusion de Georges Frêche après ses propos scandaleux sur l'équipe de France de football. "Quand un élu perd les pédales, la Rose ne doit perdre ses pétales", écrit avec raison Arnaud. Comme lui, je dis : Excluons Frêche du PS.
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Pas de passerelle avec Le Pen
La déclaration de principe du Parti Socialiste proclame notamment "I'égalité et la dignité des hommes et des femmes". Dernièrement, George Frêche s'est une nouvelle fois écarté de ces valeurs souscrites par l'ensemble des adhérents socialistes en déclarant "Regardez l'équipe de France de football : y'a 8 africains sur 11. Parce qu'ils en veulent ! Ils utilisent le foot pour la promotion sociale et c'est très bien pour eux ! Nous, on est fatigué, tout va trop bien. Ça ressemble à ce film, le truc de Jamel Debouzze. Indigènes. On fait une équipe de foot d'indigènes. Mais moi je ne le dis pas comme Le Pen, qui le dit de façon semi-raciste. Y'aurait un Africain, deux ou trois... Mais là. Bon, j'ai vu récemment les All Blacks. Y'a un ou deux Maoris mais la plupart des joueurs, ce sont des Écossais, des Anglais, dont les parents sont en Nouvelle-Zélande depuis 3 générations. En Afrique du Sud, ils constituent l'ossature de l'équipe des Blancs. Y'a aussi des Noirs. C'est une équipe sympathique, c'est un mélange. Mais en France, c'est plus un mélange, c'est la totalité. Bientôt, y'aura 11 noirs sur 11 en équipe de France. C'est une catastrophe pour le sport français. Ça veut dire qu'on est nuls, voila la réalité. Moi, ça me peine! Y'a encore que le rugby qui sort des champions. Le rugby, c'est des équipes normales. Y'a un ou deux Nord-Africains, y'a un ou deux noirs. C'est la composition de la population française. Mais le foot, c'est une catastrophe. C'est que des mercenaires. Bon enfin." Un propos qui n'est pas étranger à Jean-Marie Le Pen qui avait déclaré bien avant "Peut-être que le sélectionneur a exagéré la proportion de joueurs de couleur, peut-être qu'il aurait dû garder dans ce domaine-là plus de mesure, peut-être s'est-il laissé entraîner par ses choix idéologiques". Ce n'est pas la première fois qu'il s'écarte de notre philosophie républicaine. Il n'est pas concevable de faire l'économie d'une sanction, alors que collectivement nous dénonçons ces propos chez nos adversaires, ou leurs alliances circonstanciés.
Nous militants socialistes mais aussi sympathisants et électeurs, condamnons solennellement ces propos et demandons à la commission des conflits de statuer au plus vite sur le sort du Président de la Région Langedoc- Roussilon afin qu'il soit exclu du Parti Socialiste. Il a déjà été écarté des instances nationales. Considérant qu'il n'a ni tenu compte des sommations qui lui ont été faites (et notamment après les propos sur les harkis) ni retiré ses propos, il semble que malheureusement il n'y a pas de solution alternative. Les valeurs que nous portons ne sont susceptibles d'aucune entorse. Si le prix du respect de celle-ci n'est possible qu'en excluant le président d'une région, alors il ne faut pas hésiter.
Signez cette motion sur le sitre d'Arnaud : Excluons Frêche du PS
N'hésitez pas diffuser cette motion à votre entourage.
Le résultat de la consultation interne au PS pour la désignation de son candidat à l’élection présidentielle est clair et ne peut souffrir la contestation.
Sur la sixième circonscription du Finistère, Ségolène réalise plus de 59% des suffrages exprimés. Dès le premier tour, après une campagne intense et exemplaire, plus de 59% des suffrages exprimés par les militants se sont portés sur Ségolène Royal. Elle est désormais notre candidate.
La reconquête du pouvoir commence aujourd’hui par le rassemblement du parti.
Tous les socialistes, quel que soit leur choix du 16 novembre, seront derrière elle pour battre la droite en mai 2007.
La volonté de changement est profonde dans le pays. Nous ne devons pas décevoir l’attente qui existe.
Pour participer à la victoire de la Gauche aux élections présidentielle avec Ségolène et aux législatives avec Richard en 2007, mais également aux élections municipales et cantonales en 2008, rejoignez Le Parti Socialiste, car c'est ensemble que nous réussirons à battre la droite et l'extrème droite !
Contactez-nous par mail à cette adresse : info@ps-centrefinistere.org.
Georges Frêche vient encore de se répandre par une déclaration raciste, mettant cette fois-ci en cause les joueurs de l’équipe de France de footbal.
« Il y a 9 blacks sur 11. La normalité serait qu’il y en ait 3 ou 4. […] Quand je vois certaines équipes de foot, ça me fait de la peine. »
Remarques sympathiques envers des sportifs dont certains - notamment Lilian Thuram et Patrick Vieira - ont fait preuve d’un grand esprit civique et n’ont pas hésité à se mouiller pour des grandes causes comme les expulsés de Cachan, quitte à subir les foudres du ministre de l’intérieur.
En février, Georges Frêche avait tenu des propos encore pires, dignes d’un nazi, puisqu’il avait traité les harkis de « sous-hommes » ; on attendrait plutôt de la part d’un élu socialiste qu’il ait des mots de fraternité envers une catégorie de citoyens français qui a déjà tellement souffert de la stigmatisation et de l’exclusion. Son tacle par derrière sur les Bleus, dans une région où l’extrème-droite aimerait bien jouer le rôle d’arbitre, mérite un carton rouge… C’est en tout cas ce que je pense :
« Le Parti Socialiste, devrait condamner avec la plus grande fermeté les propos tenus par Georges Frêche à l’occasion du conseil d’agglomération de Montpellier du 15 novembre dernier à propos des joueurs de l’équipe de France de football, qui, rappelons-le, sont Français.
Ces déclarations du Président de la Région Langudoc-Roussillon constituent une récidive, après ses propos tenus sur les harkis, qui lui ont déjà valu une suspension du Bureau national de 2 ans . Leur caractère raciste est insupportable et ne peut être toléré à l’intérieur de notre Parti.
Cela impose donc une réponse extrêmement claire du PS. C’est pourquoi le Conseil National du Parti Socialiste, devrait demander l’exclusion de ses rangs de Georges Frêche.
Etre socialiste, c'est lutter contre les inégalités, les injustices, le racisme.
Mais que fait la Direction Nationale ???»
"Georges Frèche est un spécialiste de ce type de dérapages puisque ce dernier intervient neuf mois après sa sortie inacceptable sur les harkis traités de "sous-hommes". Je, mesure la valeur de mon engagement au sein du PS et je n'ai pas vocation à rester dans un parti qui accueille dans ses rangs des responsables politique tenant des propos racistes. Je me bats au quotidien contre cette atteinte fondamentale aux valeurs de la gauche et de la République, ce n'est pas pour supporter qu'elle s'épanouisse au sein même de nos rangs. J'estime en conséquence que Georges Frèche n'a plus sa place au Parti socialiste, et demande aux instances compétentes de l'exclure du PS dans les délais les plus rapides."
David CHEVALIER
Vous savez que pendant la primaire j'ai soutenu DSK.
Je suis fier de mon parti qui a organisé un débat démocratique interne inédit en France.
Dans ma circonscription du Centre Finistère, j'ai et nous avons pu nous exprimer comme nous avons voulu... Nous avons tous voté... et c'est Ségolène qui a été choisie. Et très largement !
Loyal à mon parti et aux principes démocratiques qui le fondent, Royal est dès lors devenue ma candidate. Ce n'est pas un ralliement, puisque cette primaire n'opposait pas des adversaires, mais 3 candidats socialistes possédant chacun de grandes qualités pour le poste à prendre en avril prochain.
Les militants ont tranché ; la priorité
désormais pour tous les socialistes est d'accompagner Ségolène vers la
victoire.
David CHEVALIER
Chère Camarade,
Cher Camarade du Finistère,
La campagne du premier tour touche à sa fin et iI nous faut en revenir à l'essentiel. Tu vas choisir lequel d'entre nous portera les couleurs de notre parti et demain la responsabilité de la France.
Durant ces semaines, j'ai développé ma vision de ce que pouvait être, pour notre pays, un chemin efficace dans la mondialisation. J’ai arrêté ma priorité : le social. J’ai fixé un objectif : le plein emploi en moins d’une décennie. J’ai défini ma méthode : la social-démocratie et le « président engagé ». J’ai avancé mes principales propositions : le « Pacte de l’Elysée », le patrimoine pour les jeunes, la « grande relance européenne », la restructuration écologique de notre économie. Et, toujours, je suis resté fidèle à l'exigence de vérité sans laquelle il n'y pas de victoire. Tout cela dessine un ensemble cohérent.
Durant cette campagne, j'ai avancé avec solidité, méthode, réactivité. Durant cette campagne, j'ai réussi à créer une dynamique, un mouvement, un élan. Ce sont les meilleurs gages pour la réussite de la campagne qui est devant nous, qui sera plus longue et plus dure.
J'ai besoin de chaque voix, dès le 16 novembre, pour faire gagner les idées sociales-démocrates.
Je compte sur toi.
Dominique Strauss-Kahn
Pour qui voter ?
Alors, à la veille du choix,je vous livre mon choix : j'ai choisi d'apporter mon soutien et donc ma voix à Dominique Strauss-Kahn. Son respect du projet, son positionnement dans la campagne interne me laisse à penser qu'il peut rassembler les socialistes et la gauche, les mobiliser et par conséquent, être notre meilleur candidat contre la droite et l'extrême droite en 2007.
J'ai donc décidé de soutenir Dominique Strauss Kahn, parce qu'il représente selon moi l'espoir d'un Parti socialiste qui, affirmant toutes ses valeurs (la justice sociale et la solidarité) tout en se réformant, s'ancrera dans le 21e siècle comme un véritable parti social démocrate moderne, volontariste et européen. C'est un homme qui est clair dans ses propos, pour moi c'est celui qui développe des idées et des actions qui sont au plus proche du projet que nous avons tous voté.
Ce que les mots veulent dire
Dis, papa, c'est quoi le racisme ?
"Le racisme est un comportement assez répandu, commun à toutes les sociétés, devenu, hélas!, banal dans certains pays parce qu'il arrive qu'on ne s'en rende pas compte. Il consiste à se méfier, et même à mépriser, des personnes ayant des caractéristiques physiques et culturelles différentes des nôtres".
Quand tu dis ”commun”, tu veux dire normal ?
”Non. Ce n’est pas parce qu’un comportement est courant qu’il est normal. En général, l’homme a tendance à se méfier de quelqu’un de différent de lui, un étranger par exemple; c’est un comportement aussi ancien que l’être humain; il est universel. Cela touche tout le monde”.
Tahar Ben Jelloun. "Le racisme expliqué à ma fille", Editions du seuil, Paris, 1999 et 2004 (nouvelle édition).
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Les droits de l’homme contre le racisme, pour la liberté et la diversité/1973
Par Jeanne Hersch
Jeanne Hersch
Il faut d'abord s'interroger sur la racine du racisme. Cette racine ne réside pas dans le sentiment de supériorité à l'égard d'un groupe humain jugé inférieur. Preuve en soit l'antisémitisme en Allemagne hitlérienne, variante du racisme, qui se nourrissait des sentiments d'envie et de peur face à une prétendue supériorité intellectuelle des Juifs. On constate donc que lorsque que naît le besoin du racisme, celui-ci invente ses raisons : le groupe à haïr ou à mépriser est une brute infatigable au travail ou la paresse incarnée, doué d'une intelligence diabolique ou congénitalement abruti, servile ou arrogant. Mais ces raisons sont secondes, destinées à justifier le racisme. Elles ne l'engendrent pas.
C'est pourquoi il est non seulement peu scientifique et artificiel de vouloir combattre le racisme en prétendant établir "l'égalité" de fait de tous les hommes, cette notion d'égalité restant équivoque, irréductible à celle du Q.I.("quotient d'intelligence"), et comportant des paramètres innombrables et infiniment variés. C'est encore une méthode inefficace, parce qu'elle ne vise que l'une des justifications du racisme, non sa racine.
La racine du racisme est autrement plus profonde et plus dissimulée. Elle réside dans le rapport de maître à esclave, qui est l'une des composantes de l'histoire humaine et qui ne cesse de se reconstituer, sous des masques divers. Ce rapport, on le rattache le plus souvent aux besoins matériels des hommes, qui imposent, pour être satisfaits, des besognes grossières, épuisantes, humiliantes, ou simplement ennuyeuses. D'où le désir des plus forts de faire faire ces besognes par d'autres. D'où le besoin d'esclaves. D'où le racisme.
Remarquons en passant que nous, dans les pays développés, nous ne sommes pas encore sortis de cette situation. Malgré l'industrialisation et les machines. Peut-être une évolution vers l'ascèse aurait-elle permis de réduire le besoin d'esclaves, mais ce n'est la voie que nous avons prise. On nous annonce depuis longtemps que la révolution industrielle va supprimer les esclaves. Pour le moment, cela ne se vérifie dans aucun pays, sous aucun régime. Nous, nous avons "les travailleurs étrangers", "les faux saisonniers". D'où, chez nous aussi, le racisme justificateur.
Mais cette explication matérialiste, par les besoins matériels, bien que valable dans une large mesure, ne va pas encore, me semble-t-il, à la racine. Il y a dans chaque homme un besoin encore plus profond et plus universel que de satisfaire des besoins extérieurs sans cesse croissants. C'est celui de s'affirmer, d'être, de compter, de valoir. C'est d'être l'aristocrate de quelqu'un. D'où le racisme invétéré de ceux qu'on a appelés, dans les anciennes colonies, "les petits blancs". Et, chez nous, le "racisme démocratique" de ceux qui se sentent par naissance en possession des vertus de la tribu authentiquement suisse.
Ce racisme-là est nécessairement irrationnel, viscéral, et les arguments, bons ou mauvais, n'y peuvent rien. Il est nécessairement irrationnel puisque l'infériorité de l'autre ne tient pas à tel ou tel caractère saisissable (dont on pourrait prouver qu'il n'existe pas, ou bien dont l'autre pourrait se corriger), mais à son être, au fait irrémédiable qu'il est l'autre, - un point c'est tout. Cette infériorité ontologique le traverse tout entier, elle traverse même ses dons, même sa supériorité en telle ou telle matière, elle se manifeste dans cette supériorité qui confirme encore le fait originel : l'autre est autre, et moi je suis l'aristocrate prédestiné à l'asservir.
On pourra peut-être atténuer le racisme par une information judicieuse, en combattant des préjugés par trop grossiers, en substituant une image plus fidèle aux caricatures complaisamment cristallisées par l'imagination collective en mal de justification. Mais on ne l'extirpera pas ainsi.
Pour l'extirper, il faut aller bien plus profond, jusqu'au sens de cette liberté par laquelle l'homme devient lui-même en luttant sans fin contre le rapport maître-esclave, contre la pente naturelle du règne du plus fort, pour cette reconnaissance réciproque, progressive et sans cesse menacée, qu'implique la Déclaration universelle des Droits de l'homme.
Si tout homme a des droits, ce n'est pas parce que tous sont égaux en fait, c'est parce qu'ils sont égaux en mystère, étant capables de liberté, de responsabilité et de raison. Que l'un soit plus fort, ou plus beau, ou plus intelligent qu'un autre n'y change rien. Chacun, tant qu'il lui reste un souffle de vie, peut changer librement quelque chose dans le monde qui l'entoure, dans la vie de ceux qui l'entourent, dans sa propre vie et dans le sens qu'il lui donne. Qu'importent alors les capacités, les moeurs, la couleur de la peau ? Ou plutôt : c'est à partir de ce mystère commun, où s'enracine la dignité des hommes, par lui différents du reste de la nature, que leur merveilleuse diversité prend sa signification et sa valeur. C'est à cause de ce mystère que l'exigence du respect des Droits de l'homme, qui n'est jamais réalisée qu'approximativement au fil de l'histoire, reste une exigence absolue, contre laquelle les bonnes raisons qu'on trouve toujours de les violer ne valent rien. Justement parce que la racine du racisme plonge au centre du besoin de s'affirmer soi-même, et parce que les Droits de l'homme, loin d'être une donnée naturelle, découlent du mystère de la possible liberté, ces Droits seraient violés toujours si l'exigence de leur respect n'était pas inconditionnelle. Malgré "l'à-peu-près", "le plus ou moins" de leur incarnation au fil de l'histoire, lorsqu'il s'agit des Droits de l'homme, il n'existe pour leur violation aucune excuse légitime.
Certes, les limites d'interdiction auxquelles la conscience des hommes a été sensible au cours des siècles ont beaucoup varié avec les lieux et les moments. En règle générale, et malgré tant de violations qui se perpétuent, elle est tout de même devenue de plus en plus exigeante, concrète et précise. Evidemment l'écart avec la réalité en devient d'autant plus flagrant - ce qui explique en partie, lorsqu'elle est authentique et sans complaisance envers elle-même, la mauvaise conscience contemporaine. Puisse-t-elle trouver les voies de l'efficacité.
Mais la lutte pour les Droits de l'homme ne se limite pas à la lutte contre le racisme, sous toutes ses formes. Les Nations Unies, sur ce point, ont malheureusement cédé à la facilité, parce qu'il était bien plus facile à notre époque d'obtenir l'accord de tous les gouvernements pour la dénonciation du racisme que de toute autre forme de violation. Peut-être ne pouvaient-elles presque pas parler d'autre chose. Mais les citoyens, eux, dans leur liberté, ne sauraient consentir à un discours où seul le racisme semble violer la Déclaration universelle, à moins qu'on ne lui ajoute l'exploitation économique. Il ne s'agit plus, dans ces conditions, de Droits de l'homme, mais de propagande partisane.
S'il est vrai que le respect des Droits oblige a reconnaître chez tout être humain, quels qu'en soient la naissance, la race, le sexe et la fortune, le mystère de sa possible liberté, il oblige aussi à rappeler quels sont les droits élémentaires qui ne peuvent en aucun cas lui être refusés : l'habeas corpus; le droit de vivre où il veut dans son pays, d'y rester ou de s'en aller; le droit de penser et d'exprimer sa pensée; le droit d'avoir des croyances philosophiques ou religieuses, des opinions politiques, et de les manifester, dans les limites définies par le droit accepté par tous; le droit de connaître la pensée d'autrui et d'être informé au sujet de ce qui est important par le vaste monde.
Il est vrai que l'exercice concret de ces droits implique un certain nombre de conditions, qui sont devenues à ce titre des droits sociaux, culturels et économiques : droit a la formation, c'est-à-dire à acquérir les connaissances et les outils de pensée indispensables à l'élaboration critique d'opinions personnelles, comme aussi à l'exercice d'une profession ou d'un métier; droit à un minimum de sécurité sociale, sans laquelle le harcèlement des besoins élémentaires étouffe la pensée; droit à avoir part à la culture de son temps, etc. Mais ce sont là des droits indéfiniment perfectibles, et qui ne sont donc jamais parfaitement réalisés - leur progrès même est d'ailleurs conditionné par le respect des droits élémentaires énumérés ci-dessus, dont la violation systématique est la négation même de l'homme.
C'est pourquoi ceux qui protestent aujourd'hui, au péril de leur vie et de leur liberté physique, contre les internements abusifs dans des camps, des prisons ou des asiles psychiatriques, et contre toutes les violations totalitaires des Droits de l'homme, sauvent aujourd'hui l'honneur, en un temps où le chantage et la soumission au chantage sont devenus chose courante et quasi normale aux yeux d'hommes bizarrement "assagis".
L'horreur des contraintes imposées aux esprits ne le cède en rien à celle qui s'exerce contre des hommes dont la peau ou les moeurs diffèrent des nôtres.
Quand apprendrons-nous à chérir la diversité des hommes, et les multiples accès à la vérité qu'elle entraîne, - sauvegarde de la liberté et inépuisable richesse des échanges humains ?
Jeanne Hersch
Article publié (en Suisse), fin 1973, à l'occasion du 25e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'homme.
La répression de l’immigration illégale telle qu’elle est conduite par le Ministre de l’Intérieur et les divers procédés qu’elle met en oeuvre -opérations « coup de poing » dans les quartiers habités par les migrants, contrôles au faciès, interpellation des enfants dans les écoles, convocations-pièges au guichet des préfectures- évoquent inévitablement, aux yeux de certains de nos concitoyens, les années noires de 1940-1944 et le sombre souvenir des persécutions antisémites.
Bien entendu, sitôt que ce parallèle est explicitement énoncé, les protestations fusent pour souligner son caractère incongru. Les deux situations n’auraient, assure-t-on, rien de comparable, et leur seul rapprochement serait une insulte à la mémoire des victimes de l’extermination.
Voire... Assurément, il existe entre les deux épisodes des différences considérables, et il serait absurde de les nier. Cependant, sitôt qu’on cherche à les cerner de façon précise, il apparaît qu’elles tiennent presque exclusivement au rôle des occupants allemands : terriblement présents et actifs en 1942, ils ont -fort heureusement- disparu en 2006. En revanche, si l’on considère le comportement des autorités françaises, les similitudes sont manifestes.
En premier lieu, la présence de certaines personnes sur notre sol est constituée en « problème », et tous les esprits « raisonnables » s’accordent pour estimer que ce problème exige une solution. En 1940, une large fraction de l’opinion, débordant de très loin les frontières de l’extrême-droite, reconnaissait la réalité d’une « question juive » en France, même si des divergences profondes existaient quant aux réponses à lui apporter. De même, de la droite à la gauche, nos dirigeants proclament d’une même voix que l’immigration illégale met en péril nos équilibres sociaux et notre identité, et qu’il faut donc la refouler, les désaccords ne portant que sur la méthode.
En second lieu, les solutions envisagées passent toutes par l’expulsion partielle ou totale des personnes jugées indésirables. En 1942, cette expulsion prend la forme d’une livraison aux autorités occupantes. En 2006, les intéressés sont renvoyés dans des pays dont certains sont soumis à des dictatures impitoyables, dont d’autres sont ravagés par la guerre civile, dont tous sont marqués par le sous-développement, le sous-emploi et la pauvreté. Bien entendu, le résultat final est infiniment moins tragique aujourd’hui qu’hier, mais ce qui est caractéristique, c’est que, dans les deux cas, l’administration française se désintéresse entièrement de ce résultat : littéralement, ce n’est plus son affaire. On a soutenu qu’en 1942 les autorités françaises ignoraient le sort réservé aux Juifs par les nazis : peut-être, mais leur ignorance même était le résultat d’une décision réfléchie : elles ne voulaient pas le savoir. Il en est exactement de même aujourd’hui : ce qui compte pour le gouvernement, c’est de se débarrasser des hommes, des femmes et des enfants concernés ; sitôt la frontière franchie, il ne s’estime plus responsable de rien et les abandonne à leur destin en toute indifférence.
Pour expulser les gens, il faut d’abord s’assurer de leur personne. Nous retrouvons ici la gamme des procédés que j’évoquais en commençant. C’est que dans ce domaine les analogies résultent de la nature des choses ; la chasse à l’homme, surtout lorsqu’elle est assortie d’objectifs chiffrés, implique l’utilisation d’un certain nombre de techniques : rafles, convocations-pièges, interpellation des enfants dans les écoles, internement administratif. Quelles que soient les populations ciblées, le recours à ces techniques est inéluctable dès lors qu’on prétend à l’efficacité. Il faut d’ailleurs admettre que, sur ce point, le Ministre de l’Intérieur n’a guère innové par rapport à ses prédécesseurs de l’époque de Vichy et de la guerre d’Algérie et la police française n’a eu qu’à puiser dans ses archives pour retrouver les bonnes vieilles méthodes.
En quatrième lieu, la mise en oeuvre de la répression et les dérives qui l’accompagnent suscitent inévitablement des protestations de caractère moral ou humanitaire. Face à ces protestations, la riposte des responsables est la même, en 2006 comme en 1942, et elle est double : d’un côté, les autorités, nous disent-elles, ne font qu’appliquer la loi, et les protestataires s’entendent reprocher leur incivisme. Par ailleurs, pour désarmer les oppositions, les autorités introduisent des distinctions à l’intérieur de la population frappée par la répression. En 1942, le gouvernement de Vichy déclarait séparer le cas des Juifs français, dont il prétendait vouloir sauver au moins la vie, de celui des Juifs étrangers, livrés pieds et poings liés à l’occupant. De même aujourd’hui, Maître Arno Klarsfeld, l’ineffable médiateur promu par le Ministre de l’Intérieur, insiste sur l’opportunité d’opérer un tri, une sélection, entre les familles qui ont des attaches avec la France et celles qui n’en ont pas, l’expulsion de ces dernières n’appelant aucune objection de sa part.
Entre 1942 et 2006, les éléments de continuité sont donc nombreux, et il est d’autant plus légitime de les mettre en évidence que, comme les historiens l’ont aujourd’hui démontré, la politique anti-juive du gouvernement de Vichy ne lui a nullement été dictée ni imposée par l’occupant, même si elle comblait ses voeux. C’est d’eux-mêmes et spontanément que le gouvernement, l’administration et la police de Vichy ont offert et apporté leur concours aux autorités allemandes, notamment sous le prétexte proclamé de préserver la souveraineté de l’Etat sur le territoire national : ils ne sauraient donc excuser leur conduite au nom de la contrainte ou de la « force majeure ». La comparaison est donc légitime avec la politique présente, dont l’origine « française » n’est pas discutée.
Si les événements suivent leur cours actuel, il est vraisemblable que les analogies iront jusqu’à leur terme et que, dans trente ou quarante ans, des cérémonies de repentance seront organisées pour déplorer et désavouer la politique d’immigration pratiquée actuellement. Plutôt que d’attendre un tel dénouement, ne serait-il pas préférable de renforcer dès aujourd’hui la résistance à cette politique, en attendant d’y mettre fin dès que l’évolution de l’opinion le permettra ?
Emmanuel Terray
Cedetim/Cmil (Cercle Migrations et Liberté)
Octobre 2006
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Emmanuel Terray, ethnologue et directeur d’études à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS). Après ses études de philosophie à l’ENS, notamment sous la direction de Louis Althusser, et l’agrégation, Emmanuel Terray se tourne vers l’anthropologie. Il travaille d’abord à l’Institut de sciences politiques de Paris, puis à l’Université d’Abidjan dont il est l’un des professeurs. C’est en Côte d’Ivoire, en pays dida, qu’il mène sa première enquête de terrain, avant d’entamer, en 1967, une nouvelle recherche sur la royauté abron. Nommé doyen de l’École des lettres de l’Université d’Abidjan, il poursuit de front ses activités de recherches, d’enseignement et d’administration jusqu’en 1968, l’année où il doit quitter son poste, en raison de sa sympathie pour les étudiants contestataires en Côte d’Ivoire et en France. De retour à Paris, il enseigne à l’Université de Paris 8. En 1984, il soutient sa thèse de doctorat d’Etat, dans laquelle il propose une analyse dynamique de l’histoire du royaume abron. Bien au-delà de la monographie historique, cette thèse un véritable traité d’anthropologie politique. Emmanuel Terray dirigera le Centre d’études africaines (EHESS-CNRS) entre 1984 et 1991. Il passera ensuite trois années à Berlin, en qualité de chercheur, puis rejoindra le Centre d’anthropologie des mondes contemporains. Il est membre de la Ligue des Droits de l’Homme, et à ce titre comme à celui que lui confère son expérience de scientifique, collabore à de nombreuses commissions. Après plusieurs ouvrages d’anthropologie, il a publié Lettre à la fugitive, Odile Jacob, 1988 ; La politique dans la caverne, Seuil, 1990 ; Le troisième jour du communisme, Actes Sud, 1992 ; Une passion allemande, Seuil, 1994 ; Clausewitz, Fayard, 1999 ; En substance, Fayard, 2000, Traversées, avec Jean-Paul Colleyn, Bruxelles, Labor, 2005, Face aux abus de mémoire. Préface de Christian Bromberger, Arles, Actes Sud, 2006.
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Source : http://www.educationsansfrontieres.org/article.php3?id_article=2159
Nos trois candidats à l'investiture socialiste pour la présidentielle participent ce soir au premier de trois débats télévisés, dont l'organisation est minutieusement cadrée pour empêcher tout échange direct et éviter tout éventuel dérapage.
Ségolène Royal, Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius se retouverons dans le studio d'enregistement de la société VCF, à Saint-Cloud, à partir de 20h35 et pour près de deux heures.
Les trois pupitres en bois clair seront presque alignés sur un plateau que Public Sénat et la Chaîne parlementaire, organisateurs de la rencontre, ont voulu "sobre, moderne et respectueux des règles d'équité entre les candidats".
Les places des prétendants ont été tirées au sort. Les trois compétiteurs s'exprimeront l'un après l'autre, brièvement, sur leur candidature, avant le débat lui-même, sur les questions économiques et sociales.
Les deux suivants, les 24 octobre et 7 novembre, porteront respectivement sur les questions de société et d'environnement, et sur l'Europe et l'international.
Deux journalistes des chaînes parlementaires tireront au sort dix questions posées par les militants par courrier ou internet, couvrant dix sujets considérés comme "incontournables" -retraite, pouvoir d'achat, emploi...- et d'ores et déjà précisés aux concurrents.
Les journalistes pourront rebondir si la réponse leur semble imprécise. Les candidats répondront dans un ordre tiré au sort.
Les réponses ne dureront pas plus de 3mn15, a précisé le PS, "de manière à ne pas déséquilibrer la confrontation".
Rappel :
Pour les militants qui le désirent, il y a la possibilité de venir au local de Chateaulin pour voir les débats.
