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Depuis quelques temps, vous pouvez retrouver le site de Denis Lefebvre à l'adresse suivante : http://www.denislefebvre.fr .
Denis Lefebvre est un journaliste et un historien français, né en 1953. Il est président du centre Guy Mollet et secrétaire général de l'"Office universitaire de recherche socialiste".
À ce titre, il a organisé de nombreux colloques, journées d'études, conférences et débats, a participé à certains d'entre eux, et publié plusieurs ouvrages sur l'histoire du socialisme français. Il dirige la collection « L'Encyclopédie du socialisme », publiée par le Centre Guy Mollet.
J'ai fait sa connaissance il y a quelques années lors d'une conférence qu'il donna à la fête de la rose de Quimperlé il y a quelques années. Depuis je me suis mis à lire ses livres et les livres de la collection l'Encyclopédie du Socialisme du Centre Guy Mollet, qui sont pour moi d'une grande richesse, qui me permette de mieux comprendre le passé socialisme et comprendre son évolution et de pouvoir définir vers quoi devrai tendre le socialisme à venir.
Denis Lefebvre, quelles sont les principales missions de l'Office Universitaire de recherche socialiste (OURS) ?
Notre office a été fondé en 1969 par Guy Mollet, au moment où il se retirait de la direction du Parti socialiste, entendant se consacrer à la réflexion et à l'étude. Pour ce faire, il a mis en place, avec quelques amis, un centre de recherches qui a orienté ses activités autour de trois axes principaux.
La constitution d'une bibliothèque et d'un centre d'archives, tout d'abord. Au fil des décennies, plus de 25 000 livres et brochures ont été rassemblés dans nos locaux, du XIXe siècle à nos jours. Des fonds d'archives importants ont aussi été collectés, apportant un éclairage irremplaçable sur la vie du socialisme, d'hier à aujourd'hui. Seul à ses origines à travailler dans ce domaine, l'OURS le fait depuis plusieurs années en partenariat avec la Fondation Jean Jaurès pour la sauvegarde et la gestion d'archives, notamment celles du Parti socialiste. Nous avons aussi mis en commun nos collections d'affiches socialistes, pour constituer un ensemble conséquent pour tout le XXème siècle.
Ensuite, l'édition de publications. Depuis 1969, nous publions un journal et une revue. Le journal mensuel est aujourd'hui centré sur les questions littéraires et culturelles au sens large. La revue trimestrielle s'attache à étudier des dossiers liés à l'histoire et à l'actualité, avec des articles plus conséquents.
Enfin, nous organisons des rencontres et colloques, qui nous permettent de confronter les points de vue entre des militants, des universitaires et des politiques. Tous savent qu'ils peuvent s'y exprimer en toute liberté. Là est la grande force de l'office.
À l'origine, donc, un centre de recherches fondé par Guy Mollet. Est-ce que cela n'a pas constitué des difficultés, n'y en a-t-il pas encore ?
Sans aucun doute, y compris jusque dans les années 1980. Certains «détracteurs» ne voulaient pas comprendre la justification d'une telle entreprise, y voyant je ne sais quelle volonté de «revanche» des battus du congrès d'Épinay. Les choses ont cependant évolué au fil des années. D'abord, quand nos «détracteurs» ont mesuré le travail effectué par l'OURS au service de la famille socialiste (même si nous étions un peu à la marge) notamment dans la collecte des archives et la constitution de la bibliothèque.
Nous avons aidé à la préservation de documents qui auraient disparu, à une époque où personne ne se préoccupait de la sauvegarde de notre mémoire.
Mais aussi quand la famille socialiste s'est rendue compte que non seulement nous survivions (alors que les «molletistes» disparaissaient peu à peu) mais qu'en plus nous nous rajeunissions en permanence, faisant venir à nous, pour écrire dans nos publications et participer à nos colloques et rencontres, de jeunes chercheurs, des militants (politiques ou syndicalistes) désireux de participer à une entreprise collective ne se préoccupant pas de places ou de mandats à conquérir. Il y a un «esprit» OURS. Par ailleurs, viennent aussi à nous des femmes et des hommes de gauche, socialistes, mais non membres du Parti, qui auraient l'impression de se faire embrigader dans un organisme trop lié au Parti.
Chez nous, ils sont respectés.
Vous même, vous passez pour «molletiste», comme défenseur de la mémoire de Guy Mollet.
Il est vrai qu'à côté de mes activités à l'OURS je préside le Centre Guy Mollet, une association qui entend s'intéresser à la vie et à l'action de l'ancien secrétaire général de la SFIO, notamment par la publication de revues, de livres. Mais cette association est indépendante de l'OURS, nous y veillons avec une extrême attention afin de ne pas mélanger les genres. Je suis aussi le biographe de Guy Mollet, lui ayant consacré en 1992 la première (et seule à ce jour !) biographie, devenue un ouvrage de référence sur le socialisme contemporain.
Ce même Centre Guy Mollet, tourné vers l'avenir, avec ses propres moyens, a initié en 2003 ce qui constitue une expérience originale : celle de la mise en chantier de L'Encyclopédie du socialisme, qui a édité à ce jour 11 volumes au format de poche, sur l'histoire et l'actualité du socialisme, publiant des essais de Jean-Christophe Cambadélis, député de Paris, et de Jean-Pol Baras, secrétaire général du Parti socialiste belge, des biographies d'Alain Savary et de Claude Fuzier, des textes de Blum et Jaurès.
Une entreprise qui s'installe dans le paysage socialiste, au point que de nombreux auteurs veulent y collaborer ! Là aussi, nous avons pu initier un espace de débat, dans la liberté.
Comment voyez-vous l'évolution du Parti socialiste : entre la social-démocratie, et l'éventuelle fin d'un cycle, celui d'Épinay ?
Je pense que le Parti a sans doute maintenant tiré les leçons de son passé récent : une démarche plus modeste et, pour reprendre une expression lancée par le passé. «Ni dieu, ni César, ni tribun». Plus de réalisme, le retour à une certaine morale, moins de grandes promesses. Il doit cependant rester un lieu de débat. Je m'y sens à l'aise, plus que dans certaines périodes. Il met aujourd'hui en avant la notion de «social-démocratie», mot honni dans les années soixante-dix. Comme quoi, l'histoire amène à certains revirements. Je préfère peut-être le mot de «réformisme». Nous sommes revenus du «grand soir», nous avons compris que la société ne pourrait être changée que par petites touches. Pour autant, nous ne sommes pas des «réformateurs» à la mode Raffarin, mais des réformistes qui ne doivent pas oublier l'objectif final. Ne pas faire des réformes pour le plaisir, sans plan d'ensemble, sans vision à long terme, sans idéal à atteindre. Le socialisme, justement. Pourquoi le Parti socialiste ne remettrait-il pas cette utopie à l'ordre du jour ? Un peu de rêve, pourquoi pas. Être de bons gestionnaires ne suffit sans doute pas.
Propos recueillis par Emmanuel MAUREL pour Parti Pris n°14 – Avril 2005