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Journal du dimanche - 2.09.07 |
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Propos
recueillis par Maud PIERRON, à La Rochelle. Coqueluche des médias,
Benoît Hamon est l’un des "jeunes" qui monte au sein du Parti
socialiste. Porte-parole du PS durant les législatives, son nom est de
plus en plus cité pour prendre la succession de François Hollande. Pour
leJDD.fr, ce cofondateur du NPS, tenant d’une ligne à gauche, a accepté
de faire le bilan de La Rochelle et de se projeter dans l’avenir.
Au bout de ces trois jours, quel bilan tirez vous de La Rochelle ? Finalement, cela a été un rassemblement inoffensif, dans le sens où l’on nous promettait le pire. On a vu des députés socialistes attachés à se remettre au travail et ce n’est pas de la langue de bois. Avec un souci de la base au sommet du PS de la jouer collectif, d’inscrire sa contribution personnelle dans la construction d’une intelligence collective. C’est un peu triste de le dire mais c’est déjà une victoire, qui montre à quel point on pouvait être malade. C’est donc une bonne nouvelle. On a de nouveau envie de tirer dans le même sens. Combien de temps cela durera ? Je ne sais pas. Le plus longtemps possible j’espère. L’université de la rochelle a été utile en cela, à un moment qui est celui du diagnostic. Je ne dis pas que les uns et les autres n’ont pas des idées très tranchées sur ce diagnostic mais il fallait commencer à retrouver cette capacité à se parler les uns et les autres sans s’accuser. Pourquoi a-t-il fallu attendre La Rochelle pour retrouver cette possibilité ? On est forcément toujours plus sérieux quand on a des invités extérieurs, qui par la qualité de leurs interventions, leurs réflexions, nous tirent vers le haut. Les absents finalement, tel que Jean-Luc Mélenchon, qui a souvent le verbe haut, ont eu raison de s’abstenir ? Je ne sais pas. S’il était venu, il aurait assisté à de beaux débats. Si tout le monde avait été là, vous auriez dit, ’c’est toujours les mêmes tronches’ et quand ils ne sont pas là, vous dîtes ’voilà, ils désertent’. Dans tous les cas, on était fautif. Ils n’étaient pas là et ça s’est bien passé. A mon avis il n’y a pas de lien de cause à effet. Que tout le monde travaille avec tout le monde est devenu le mot d’ordre au PS. Mais est-ce véritablement possible de faire travailler ensemble les courants ? D’une certaine manière, cela existe déjà. A notre modeste étage, on s’est réunis, nous les gens de la nouvelle génération, les 30-40 ans, entre Strauss-kahnien, Fabiusiens et membres du NPS. On a réussi à faire l’inventaire de nos désaccords et de nos accords. On s’est rencontré avant l’été, on va le refaire à la rentrée, dans le but d’évacuer les préjugés que l’on peut avoir sur les avis des uns et des autres. On a évoqué la question sociale, démocratique, celle du marché, celle de l’Europe, de l’immigration, de la sécurité, afin de mesurer l’ampleur de ces désaccords. C’est un travail passionnant car il nous permet de faire le tri entre le bon grain et l’ivraie, de vérifier ce qui motive vraiment l’existence aujourd’hui des sensibilités au sein du PS. Car il y a des traditions politiques différentes, des cultures politiques différentes. Et en même temps on veut faire en sorte que les débats s’organisent autour des vraies lignes de clivages qui existent entre nous et pas sur les positions supposées d’untel. Et vous n’effectuez pas ce travail avec les "royalistes" ? Le "royalisme" un objet politique non identifié. D’ailleurs, ce n’est pas encore un courant. Quand j’entends un Vincent Peillon, il ne dit pas forcément la même chose qu’un Julien Dray, et pourtant ils sont tous les deux "royalistes". On peut discuter facilement avec les individus mais avec le groupe "royaliste", c’est plus compliqué. On sait ce que Ségolène Royal pense mais quand certains de ses soutiens disent qu’ils ne sont pas d’accord avec ce qu’elle a proposé, cela devient complexe. Maintenant que le diagnostic est posé, quelles sont les questions sur lesquelles il faut particulièrement travailler, voire trancher ? La redistribution, sans aucun doute. Aujourd’hui, on a tendance à penser notre rôle comme ’on aurait pas fait comme le gouvernement’, ce qui est bien. Sauf que si on revient au pouvoir dans cinq ans, tous les instruments auxquels on fait traditionnellement appel à gauche pour redistribuer la richesse, pour organiser les services publics, pour protéger les individus - que sont par exemple le service public, la sécurité sociale - seront encore plus dégradés demain qu’ils ne le sont aujourd’hui. Parce que les recettes fiscales ne cesseront de baisser, donc les capacités d’intervention de l’Etat seront encore plus faibles. Parce qu’en 2009, la directive Bolkeinstein aura été mise en oeuvre. Il faut penser la séquence actuelle ainsi : comment faire en sorte que les instruments de redistribution sociale pour lutter contre les inégalités sociales soient demain efficaces ? Ils devront faire appel à de nouveaux prélèvements, à de nouveaux financements. Ce sont des questions hyper lourdes. Pour moi, c’est cette question qui est la priorité et c’est sur celle-ci que nous aurons de gros débats. Votre vision de la redistribution est très éloignée du donnant-donnant de Ségolène Royal. Je crois qu’on a eu un tort durant cette campagne présidentielle, c’est d’insister sur la dénonciation de la société de l’assistanat. Dès lors que la gauche embraye sur ce discours là, tenu par la droite, il y a effectivement plus de chance que les gens votent pour Nicolas Sarkozy. Evidemment qu’il y a des gens qui abusent du système. Mais si on ne comprend pas qu’aujourd’hui, ces abus sont instrumentalisés par les entreprises et le pouvoir politique en place pour remettre en cause ce système, on fait une erreur dramatique. De plus, cette dénonciation de la société de l’assistanat a eu une double conséquence : stigmatiser une population qui serait par définition parasite et contribuer à la remise en cause des mécanismes de solidarité de protection sociale. Tout ça pour dire quoi au final : il faut valoriser la responsabilité individuelle, la responsabilité de celui qui est assisté de s’en sortir seul, de celui qui est malade de payer une franchise pour la maladie. C’est un tort d’embrayer sur ce discours là. Un tort qui accompagne la droitisation de la société ? C’est moins la droitisation de la société que la droitisation du PS. On a l’impression que sur un certain nombre de sujets, on donne le sentiment d’avoir été convaincu par les axiomes de l’adversaire. On ne donne pas spécialement l’impression de courir après la droite, mais on donne, à mon sens, le sentiment d’avoir perdu le fil de nos valeurs. Certains souhaitent une ligne claire et affirmée du PS sur la social-démocratie. Vous applaudissez ? Certains disent ’allez, il faut que le PS abandonne sa prétendue exception et s’alignent sur les standards de la social-démocratie européenne’. Mais la social-démocratie européenne, si on regarde dans quel état elle est, elle dirige 3 pays sur 27 (Grande-Bretagne, Italie, Portugal : ndlr), c’est une blague ou quoi ? On a perdu la présidentielle sur une ligne justement qui a provoqué de la confusion. Ce qui me frappe c’est la paresse des éditorialistes et des hommes politiques, qui se sentent obligés de répondre aux sommations de la pensée dominante à ce sujet là. Moi, ça ne m’intéresse pas ces conneries. Qu’est-ce qui vous intéresse ? Je ne fais de la politique pour être dans le commentaire, je fais de la politique pour être en capacité d’avoir des instruments capables de transformer la société. Ces instruments sont en crise chez nous, mais aussi partout en Europe, ce qui justifie la crise de la social-démocratie européenne. Ce qui m’intéresse c’est prioritairement la reconstruction de ces instruments pour lutter efficacement contre ce que je considère être le creusement des inégalités. Beaucoup vous voient comme le futur premier secrétaire, vous en pensez quoi ? Ça fait chaud au coeur. Je ne suis pas insensible quand on évoque mon nom pour prendre la direction du PS français, le parti de Blum, de Mitterrand, ce n’est pas rien. Ça me touche mais le casting est important, on doit être une dizaine à être cité pour prendre le poste de Premier secrétaire. Mais je pense que tout ça, c’est le feuilleton de l’été. Ce n’est pas amené à durer. Imaginez-vous demain le PS comme un grand parti qui regrouperait toute la gauche, de la gauche centriste à la gauche antilibérale ? Le PS doit rassembler la gauche et tous ceux qui s’en réclament. Si demain le MoDem dit : ’Je me sens plus de gauche que de droite’, je leur dis ’très bien, bienvenue’. Je pense que dans un premier temps il faudrait réfléchir à créer un mouvement ou une fédération de la gauche, dont l’objectif est de commencer à nous rapprocher dans l’opposition à la droite, car il faudra être nombreux, forts, solidaires. Et de préparer un processus de désignation d’un candidat de toute la gauche. Je suis assez favorable à des primaires à l’italienne ouvertes aux citoyens qui voudraient arbitrer et choisir ce candidat là. Les militants demandent une meilleure opposition. Vous estimez-vous audible ? Peut-être pas. Mais on a bien fait notre boulot sur la TVA sociale, même après les législatives. On a été présent sur le paquet fiscal. On a été mal mais on monte en puissance. Je ne suis pas inquiet. Tout le monde au sein du PS n’est pas d’accord sur la méthode pour s’opposer. Certain sont pour l’opposition frontale, d’autre la veulent raisonnée, comme Manuel Valls, qui estime pouvoir faire un bout de chemin sur certains sujets avec Nicolas Sarkozy. Quelle est votre position ? Quand l’intérêt général le réclame, on sait être d’accord, il faut arrêter. Mais je suis pour une opposition résolue à une politique qui jusqu’ici, est la plus réactionnaire qui soit. Il n’y a pas de chemin à faire avec ce gouvernement conservateur. Pouvez-vous nous parler de votre club, ’La Forge’, que vous avez créez ? C’est un think tank qu’on va lancer, avec des intellectuels fin septembre. L’idée c’est de prendre au sérieux le combat de la gauche. De ne pas s’arrêter au travail d’opposition mais de préparer le réarmement théorique et pratique en perspective de 2012. C’est un instrument qui prépare la bataille idéologique culturelle qu’on veut mener face à la droite. Il sera au service de toute la gauche. L’objectif n’est pas de sectariser la pensée mais bien de l’enrichir.
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RMC - J. J. Bourdin | 16 juillet 2007
PARIS (AFP) - BCE, euro fort : "où sont les résultats de Sarkozy ?", demande Hamon (PS).
Benoît Hamon (PS) a demandé lundi "où sont les résultats" de Nicolas Sarkozy sur la politique de la Banque centrale européenne et l’euro fort, l’accusant d’avoir accepté "le silence ou le statu quo" sur ces dossiers en échange d’un accord sur le traité simplifié européen.
Ecoutez l’émission :
Interview de B. Hamon dans le Journal du dimanche | 15 juillet 2007
Le PS est en train de "s’autodétruire", a dit Jack Lang, a-t-il raison ?
Ces sentences sont fatigantes. Certes, des doutes profonds à gauche sont nés de la défaite, mais ce genre de prophéties vient de ceux qui n’ont plus l’énergie de se remettre en cause, n’ont plus envie de se mobiliser, préfèrent aller voir ailleurs. A ceux-là, je demande de ne pas mettre des bâtons dans les roues de tous ceux, jeunes ou moins jeunes, ce n’est pas une affaire d’âge, qui pensent que la priorité est de remettre la gauche au travail. De la remettre en état de marche, en commençant par dialoguer avec tous ceux à gauche qui s’interrogent de la même manière que le PS sur les marges de manoeuvre de la gauche dans une économie de marché mondialisée, sur les restrictions à poser au libre-échange, sur la crise de l’Etat-providence et celle du projet européen, sur les instruments d’une redistribution efficace ou sur les thérapies globales à mettre en oeuvre contre la dégradation accélérée de l’environnement. Sur ces sujets, tout le monde est en recherche et il faut travailler collectivement.
Il est quand même étonnant que la politique d’ouverture de Nicolas Sarkozy provoque autant de dégâts au PS ? N’êtes-vous pas tombé un peu bêtement dans le piège ?
Les électeurs de gauche attendent de l’honnêteté dans les trajectoires de leurs dirigeants. Le rappel à nos règles était nécessaire. Sarkozy n’a pas proposé au PS de travailler à l’intérêt général en intégrant une commission, non, il a désigné le seul responsable à gauche favorable à l’hyper- présidentialisation du régime. En matière d’ouverture on a connu plus audacieux. La pratique du pouvoir de Nicolas Sarkozy est connue, elle mêle amitiés médiatiques, bienveillance des puissances de l’argent et obsession à tout contrôler. Il y a d’autres rôles plus utiles pour les socialistes que celui qui consiste à prendre la plume pour adapter nos institutions à cet appétit de pouvoir personnel.
Comment s’organise la relève ? Quelle est sa priorité ? Quelles valeurs porte-t-elle ?
La rénovation ne se résume pas au remplacement de deux quinquas par trois quadras. Il s’agit d’être plus représentatif de la diversité de notre électorat. Il n’y a pas de génération providentielle. Nos valeurs sont connues, et prendre le virage de la modernité, ce n’est pas nous convertir aux axiomes de l’adversaire. Il nous revient de proposer de bâtir, sans timidité ni hégémonie, un grand parti au carrefour des gauches politiques, sociales et intellectuelles.
Hamon,
la relève
Bombardé
« porte-parole », on l'écoute, on le courtise.
Certains voient déjà en lui un futur premier secrétaire
Il lance sa fondation cet été...
Bombardé « porte-parole », on l'écoute, on le courtise.
Certains voient déjà en lui un futur premier secrétaire
Après les « éléphants » et les « jeunes lions », un nouveau quadrupède a fait son apparition dans le bestiaire socialiste : la « chèvre » ! Le jeune député européen Benoît Hamon en a fait sa mascotte au point de la faire figurer en tête de son blog. Mais qu'on ne s'y trompe pas. L'animal est moins doux qu'il n'y paraît, comme le précise une citation de l'écrivain malien Amadou Hampâté Bâ, publiée en guise d'avertissement : « Si tu vois une chèvre devant la tanière du lion, aie crainte de la chèvre »...
Qui a peur de Benoît Hamon ? La question ne se pose pas aujourd'hui en ces termes. Plus connu dans son parti que par le grand public, ce socialiste qui vient de fêter ses 40 ans n'est pas encore en mesure de faire trembler ses camarades. Mais c'est l'homme dont on parle de plus en plus au PS. Dans un parti très critiqué pour ne pas avoir su faire émerger de nouveaux visages, le secrétaire national au projet européen incarne avec quelques autres la relève. Bombardé « porte-parole » sans le titre, au lendemain de la défaite du 6 mai, c'est lui qui tient désormais les traditionnels points de presse. On l'écoute, on le courtise comme jamais auparavant. Au point que certains, dans l'entourage de François Hollande notamment, laissent même entendre qu'il pourrait avoir le profil d'un prochain premier secrétaire !
« Tout cela n'est pas sérieux », sourit ce jeune homme brun au regard clair, qui sait combien d'hypothétiques candidatures se sont fracassées dans des parties de billard à trois bandes. Le Parti socialiste, il le connaît bien. Pour ainsi dire, il n'a même connu que ça depuis vingt ans. Fils d'un ouvrier des chantiers navals et d'une secrétaire, il a poussé les portes de la section socialiste de Brest en 1987 au lendemain des manifestations étudiantes contre le projet de réforme des universités d'Alain Devaquet. Il en garde le souvenir d'avoir été plus formaté que formé. « Je suis tombé chez des rocardiens , en trois mois je détestais Mitterrand ! », raconte-t-il.
Benoît Hamon est à l'époque plus loup que chèvre. En 1993, il prend les rênes du Mouvement des Jeunes socialistes ( MJS ) et se forge une zone d'influence dans les organisations de jeunesse de gauche dont les papes s'appellent alors Jean-Christophe Cambadélis ou Julien Dray. Son militantisme a raison de ses études de sciences éco, mais qu'importe. En 1995, Jospin l'appelle pour prendre en main sa campagne jeunes. Il y rencontre Martine Aubry qui l'invitera à rejoindre son cabinet au ministère de l'Emploi en 1997. Dix ans plus tard, et malgré leur désaccord lors de la bataille du référendum sur le traité constitutionnel européen en 2005, la maire de Lille ne tarit pas d'éloges sur les qualités de ce « garçon fin, ouvert et structuré politiquement », dont elle est restée proche. Après la défaite de Jospin en 2002, il rejoint les fondateurs du courant Nouveau Parti socialiste ( NPS ), Arnaud Montebourg, Vincent Peillon et Julien Dray, qui y restera moins d'un an. Opposant déclaré à la ligne majoritaire défendue et incarnée par François Hollande, plus à gauche et très porté sur les questions institutionnelles, le NPS s'impose en 2005 comme le deuxième courant du PS au congrès du Mans. Entre Peillon et Hamon se nouent une complicité intellectuelle et une amitié quasi filiale, même si sept années les séparent seulement. Las. En 2006, le premier choisit Royal quand le second finit par voter Fabius lors de la primaire interne. La rupture amicale se double d'une bataille peu reluisante pour conserver les clés de la maison. « Aujourd'hui le NPS est mort, nous l'avons tous tué », constate Hamon, qui ne renie rien de cette expérience dont il est sorti « enrichi intellectuellement » .
Très applaudi lors du dernier conseil national le 23 juin, Benoît Hamon jouit d'une bonne popularité dans le parti mais ne dispose pas encore des troupes suffisantes pour voir plus loin. « C'est un très bon, encore en gestation, souligne Pierre Moscovici qui l'a côtoyé au Parlement européen. Il lui reste toutefois à moins s'occuper de la jeunesse et à achever un travail de fond. »
Peu convaincu par Ségolène Royal, à qui il reproche d'avoir donné une nouvelle légitimité à la droite en axant sa campagne sur des thématiques conservatrices comme l'ordre juste ou le donnantdonnant, Hamon compte bien prendre toute sa part à la réinvention de la gauche. Il envisage de lancer cet été une fondation qui ne soit pas « une société savante de plus » mais un lieu de débat ouvert à une centaine d'universitaires, experts, élus, syndicalistes et hauts fonctionnaires pour permettre au PS de se réarmer culturellement ( 1 ). Le député européen, qui aime la confrontation, se targue de vouloir« mettre des angles là où d'autres choisissent des rondeurs » . Il devrait pouvoir s'y essayer dès l'automne prochain... sur le terrain, à l'occasion de la coupe du monde de rugby parlementaire, où il affrontera, en tant qu'ailier, ses homologues d'Afrique du Sud ou de Nouvelle-Z élande !
Article de : Matthieu Croissandeau, Le Nouvel Observateur
Le manifeste
"La Forge", pour réinventer la gauche
Téléchargement la_forge_de_benoit_hamon.pdf
Texte adopté par 36 voix pour, 14 abstentions, et 2 NPPV
par le Conseil national du NPS
Paris le 6 octobre 2006
« Dans les crises politiques, le plus difficile pour un honnête homme n'est pas de faire son devoir, mais de le connaître. »
Chacun d’entre nous est tendu vers un seul objectif : battre la droite en 2007. En même temps, chacun d‘entre nous s’interroge légitimement sur le meilleur moyen d’y parvenir.
A quels principes pouvons nous nous en remettre quand le doute malmène nos certitudes ?
Essentiellement à notre patrimoine politique commun, c’est-à-dire ce que nous croyons juste de dire et de faire. Nous ne sommes pas des militants socialistes nés il y a quelques jours, vierges de toute expérience, de toute connaissance et de toute conviction.
Depuis quatre ans, en tant que courant du Parti Socialiste, nous avons analysé les fractures béantes de la société française, nous avons fait respirer la politique là où les institutions de la cinquième république asphyxient le débat démocratique, nous avons combattu la cécité de certains responsables socialistes face à la dérive libérale de la construction européenne et face à l’impact social de la mondialisation.
Ces quatre années laissent le souvenir de belles conquêtes lors des victoires électorales des régionales ou des européennes, lors du 29 mai 2005, ou du mouvement contre le CPE. Mais elles incluent aussi le goût amer d’une société devenue plus violente, plus dure avec les faibles, plus incertaine, plus soumise que jamais aux intérêts des puissances financières.
Ce que nous voulons, ce n’est pas seulement lever une espérance en faveur d’un homme ou d’une femme providentiel(le), c’est répondre concrètement à la demande démocratique et sociale. C’est pour cela que le NPS a pesé de toutes ses forces sur l’écriture du projet des socialistes. Nous voulions que celui-ci soit le plus légitime possible au moment d‘entrer dans une campagne dont nous savions que la personnalisation risquait d’éclipser.
A l’heure où le parti semble convulser, saisi tout entier par le vertige de la présidentialisation et de la personnalisation, l’idée que nous nous faisons de notre devoir de militants socialistes, consiste à réaffirmer que notre rôle est et doit être de préférer le projet à son interprète. A l’heure où un dirigeant du PS affiche l’ambition de changer la nature de notre parti pour l’adapter, aux lendemains de l’élection présidentielle, aux institutions de la cinquième République, l’un des choix qui est en jeu se situe entre un parti d’orientation, de réflexion collective et de structuration du débat politique et celui d’un parti de supporters.
Cette campagne de désignation interne conduira des militants du NPS à réaliser des choix différents. Condamne-t-elle le NPS ? Nous ne le croyons pas. Nous ne l’acceptons pas.
Notre débat à Saint-Nazaire a rappelé avec force la volonté unanime des militants à maintenir l’unité d’un courant dont l’influence, les idées et la force, seront indispensables au candidat désigné en novembre.
Mais au delà, un courant comme le notre conserve une fonction indispensable pour encourager le rassemblement de la gauche aux côtés des socialistes, et pour maintenir le parti en éveil aux côtés du futur gouvernement de gauche si, comme nous le souhaitons, nous l’emportons en 2007.
Le Premier secrétaire a décliné l’appel à rassembler les socialistes autour de sa candidature.
La tentation de la captation de tout ou partie de NPS par tel ou telle candidat(e) existe. Tout ce qui divise le NPS l’affaiblit et réduit en conséquence ses capacités à influencer l’avenir.
Le rôle du NPS ne peut pas se réduire à l’ajout de quelques noms dans la liste d’un comité national de soutien.
Les candidats sont maintenant connus. Le choix ne dépendra pas tant de leur programme (tous s’engagent à respecter le vote du 21 juin) que de la manière dont ils comptent l’appliquer :
- Quelle stratégie de rassemblement pour la gauche dès le premier tour ?
- Quels leviers et quel agenda à la question de la hausse du pouvoir d'achat et des salaires ?
- Au delà du rejet de la constitution européenne, quelles propositions concrètes pour la présidence française de l’UE en 2008 ?
- Quelles mesures et quel calendrier de réforme institutionnelle pour une nouvelle République parlementaire ?
- Comment faire vivre un parti politique collectivement et collégialement dans des institutions qui ne le permettent pas ?
Nous proposons donc de les interpeller sur ces choix politiques et stratégiques afin mener le PS et toute la gauche à la victoire en 2007.
Nous nous engageons à respecter le voeu exprimé par les militants à Saint-Nazaire en faveur de l’unité du courant. Nous nous engageons à ne rallier aucun candidat en le faisant au nom du NPS. Nous voulons que les exigences politiques, telles que nous les avons définies dans notre texte commun à Saint-Nazaire, l’emportent sur toute autre considération. Nous souhaitons rester, dans les divisions liées à la compétition interne, comme dans les phases ultérieures, un pôle de stabilité et de responsabilité. Nous nous engageons à trouver les voies d’un dialogue exigeant et constructif avec les candidats pour faire du respect du projet, du rassemblement de la gauche et d’une certaine conception du parti socialiste, les principes et repères d’une campagne électorale qui nous conduise à l’indispensable victoire.
Ci dessous la vidéo dans laquelle Benoit HAMON (député européen) explique quels critères retenir pour désigner le candidat socialiste à la présidentielle, l'utilité de l'université de rentrée du NPS dans ce choix, et les raisons pour lesquelles il a fait appel au Premier secrétaire du PS.
Quel choix présidentiel ?
Vidéoo envoyé par benoithamon
Le script de la vidéo :
Benoît Hamon
Député européen
4 septembre 2006
Quel choix présidentiel ?
Quel avenir pour le NPS, quelle utilité de l’université de rentrée de Saint Nazaire dans le choix présidentiel ?
Nous n’allons pas avoir un choix simple : l’élection présidentielle est sans doute la plus sentimentale, celle qui fait appel à ce qu’il y a de plus affectif en nous. Et l’on préfère un tel en raison de sa trajectoire, une telle en raison de ses expressions, etc… Ce que je sais c’est que nous devons avoir des critères simples. J’en vois quatre :
- La Popularité. On ne va pas aller à la bataille avec un candidat impopulaire. Il faut regarder cet indicateur pour ce qu’il est. Il donne une photographie de l’opinion à se sentir représentée par un tel ou une telle. Mais en même temps, parce qu’on fait de la politique, on prend les précautions d’usage vis à vis de ce qui n’est qu’un instantané de l’opinion aujourd’hui qui peut très bien être différent au moment de l’élection présidentielle. Et que savons nous ? Que les hommes et les femmes qui se prononceront en faveur du candidat socialiste se prononceront en fonction de ce qui sera leur intérêt en temps que salarié, que chômeur, qu’étudiant, que parent d’élève, c’est à dire en fonction de la capacité de la gauche à répondre à la demande sociale et à proposer une vraie rupture avec ce que fait la droite. Il n’y aurait rien de pire que de laisser penser que le rôle de la gauche ce serait de proposer un nouveau visage sans doute très différent du précédent, mais pas de nouvelle politique. C’est sur cette capacité à incarner une nouvelle politique, sur les questions sociales, là où ce sera le plus dur – c’est bien d’être audacieux dans la parole, mais là où il faudra être audacieux c’est face aux puissances de l’argent, face aux rapports de force qui seront plus difficiles à être remis en cause – qu’il faudra peser et dire ce que nous attendons du candidat, populaire aujourd’hui ou non, mais qu’il soit fort sur ces questions au moment de la campagne.
- La capacité à jouer collectif. Il s’agit pour nous de tirer les leçons d’un exercice du pouvoir trop personnel, quand nous étions à l’Elysée, de tirer les leçons d’un parti politique, le nôtre, largement pollué aujourd’hui par les institutions de la Vème République, par cette « peopolisation » de la vie politique. Et pendant deux mois, nous allons vivre une confrontation d’ego, entendre des candidats parler d’eux-même et peu parler aux Français. Vis à vis de ces candidats nous devrons avoir l’exigence qu’ils jouent collectif, qu’ils inscrivent leur campagne dans le respect du PS, dans la mobilisation de tous les talents et de toutes les énergies, dans le respect du mouvement social. Bref, il faudra des ruptures qui annoncent une nouvelle pratique politique, ce que devra être demain la nouvelle République : une République parlementaire en rupture avec les institutions de la Vème. Cette campagne devra rompre dans la manière dont elle sera organisée avec l’esprit des institutions de la Vème.
- La capacité à rassembler la gauche. Tous les candidats sont pour le rassemblement de la gauche. Mais l’on jugera une volonté, de se mettre autour de la table, sans exclusive, et de dire à nos partenaires que nous sommes fermes sur nos orientations, mais que nous sommes prêts à discuter d’un contrat de gouvernement qui associe toute la gauche et qui fasse demain du socle politique qui permettra la victoire, le socle politique qui permettra la transformation sociale.
- La fidélité à l’équilibre du projet. Tous les candidats se revendiqueront du projet, mais selon que l’on pioche tel ou tel sujet, selon que l’on hiérarchise les sujets de telle ou telle manière, on voit que tout cela peut accoucher de desseins politiques très différents : même projet, 4 candidats, et pour autant 4 expressions différentes. Pour notre part, nous serons juges de ceux et celles qui respectent l’équilibre du projet, le fait que ce projet place la question sociale au sommet de l’analyse et des réponses du PS, qu’il pose la question de la répartition capital/travail comme l’élément le plus structurant à partir duquel il faut réorganiser la société française, redistribuer du pouvoir d’achat aux ménages, mieux rémunérer le travail, qu’il pose la question des services publics, du renforcement de l’Etat, du renforcement du pouvoir politique, d’une nouvelle règle du jeu démocratique, qui pose la question d’une relance de la construction européenne, d’une rupture avec sa logique dérégulatrice. Sur toutes ces questions nous serons attentifs à celles et ceux qui respectent l’équilibre du projet et ne s’en revendique pas seulement quand cela les arrange pour finalement considérer que des parties les engage et d’autres non.
A partir de ces critères, nous délibèreront. Qu’il existe des positions différentes, c’est certain, mais je suis sûr que nous arriverons, en cohérence avec ce que nous sommes, le rôle et la fonction qui ont été et qui seront les notre, à une décision qui nous engage tous. En tous cas, celle qui sera prise à Saint-Nazaire, parce qu’elle sera celle de militants socialistes, m’engagera.
Pourquoi faire appel au Premier secrétaire du PS ?
La décision que l’on va prendre n’est pas prise en suspension dans l’air. Nous venons de quelque part : évidemment la création du NPS, et depuis la création du NPS le dernier congrès du Mans où nous avons fait la synthèse. Nous l’avons faite parce que nous avions considéré que le travail du NPS avait permis d’obtenir sur le fond des conquêtes réelles et utiles au moment de la campagne présidentielle et surtout au moment de gouverner. Nous l’avons faite aussi parce que nous avions jugé en responsabilité qu’il fallait rassembler tous les socialistes.
Mais aujourd’hui nous constatons deux choses :
- L’immense confusion qui naît du fait que nous avons 5, 6, 7 candidats, et donc 5, 6, 7 stratégies médiatiques, oppositions de styles,… Cette confusion est insupportable, elle brouille notre image et brouille notre message politique
- Un phénomène beaucoup plus dangereux car organisé autour d’hommes et non de clivages politiques. Il s’agit d’une polarisation du débat politique entre la candidature de Ségolène Royal qui serait une candidature anti-système, qui voudrait bouleverser ce que serait l’équilibre des éléphants, qui passerait par dessous tout, et de l’autre côté une sorte de rassemblement de tous ceux qui ne seraient pas avec Ségolène mais qui se revendiqueraient d’un tel ou d’un autre. Au milieu de tout cela se creuse un gouffre de plus en plus important entre ce qui est présenté comme une logique aventurière et entre une logique réactionnaire, réflexe des éléphants qui voudraient conserver le pouvoir entre eux.
Cette situation est extrêmement préoccupante : on a vu un certain nombre de symptômes à l’université d’été du PS à La Rochelle, et c’est pour cela que j’ai considéré - en tant que responsable politique et militant convaincu que le projet du PS soit ancré à gauche- qu’il fallait en appeler non pas à la candidature du premier secrétaire comme un sauveur, mais à la responsabilité du premier secrétaire pour faire en sorte que nous ne nous retrouvions pas avec une campagne interne qui épuise tellement nos candidats qu’elle les harasse au moment où ils devront-être les plus préparés possible pour affronter Sarkozy, et que cette campagne interne crée une telle fracture en notre sein qu’une parti du PS, ayant perdu à l’investiture, ne se sente plus liée par la nécessité de combattre la droite derrière le candidat désigné.
Je sens cela aujourd’hui au PS, les ferments d’une division, et c’est pour cette raison que j’ai pris cette responsabilité. C’est une responsabilité dont je mesure qu’elle peut troubler celles et ceux qui considèrent que François Hollande a une responsabilité dans la situation que l’on connaît aujourd’hui. Pour autant, notre devoir de dirigeant socialiste c’est de faire en sorte de mettre un terme à une compétition, une rivalité, un choc des stratégies individuelles qui peuvent nous faire perdre collectivement. C’est ce qui justifie que j’ai fait appel au Premier secrétaire du PS pour qu’il prenne ses responsabilité.
La Responsabilité aujourd’hui ce n’est pas de prendre position pour la candidature la mieux placée ?
Je connais cet argument au sein du NPS selon lequel, parce que Ségolène Royal serait populaire parmi les classes populaires, elle serait la candidate naturelle pour le NPS.
Je lui reconnais un immense mérite : elle a été la première à figurer une victoire de la gauche face à la droite. On disait Sarkozy imbattable, et bien on a pu vérifier ce que nous pronostiquions depuis longtemps : parce qu’il existe une demande sociale forte, parce qu’il existe une envie de se débarrasser de cette droite, aujourd’hui la gauche peut gagner.
Mais ce n’est pas parce qu’une candidate est populaire dans les classes populaires qu’elle réaliserait le but du NPS. D’ailleurs aucun candidat aujourd’hui à l’investiture ne réalise le but du NPS. Nous n’avons pas de débouché naturel dans ce casting, il n’y a aucun candidat qui s’impose à nos yeux de manière naturelle. Il faut rappeler une conviction forte au sein du NPS : plusieurs de ceux qui sont candidats aujourd’hui peuvent gagner dès lors que dans leur campagne ils prennent en compte la demande sociale, ils prennent en compte la demande de protection, ils prennent en compte la demande d’avantage de régulation, de services publics, d’intervention de l’Etat,… Ils sont plusieurs à pouvoir gagner, et non un ou une seule, quoique disent les sondages, photographie de l’opinion à ce jour et non au moment de la campagne électorale, à son terme, là où les français justement réfléchiront en fonction de ce qu’ils veulent pour leurs mômes, pour eux même et pour l’avenir.
Il faut enfin faire attention à une chose au NPS : j’entends quelques arguments selon lesquels en fonction de celui ou celle qu’on rallierait on arriverait à être sa gauche et que l’on modifierai sa ligne. Pas d’arrogance, aucun d’entre nous ne peut prétendre aujourd’hui modifier la ligne de tel ou tel candidat sur un motif de ralliement, et c’est heureux. Je serais surpris qu’un candidat change sa ligne en fonction des ralliements, ce qui laisserait augurer une grande fragilité sur ses convictions. Essayons de réfléchir à partir de critères objectifs, ce qu’a toujours fait la force du NPS. Nous avons toujours dit que nous voulions être utiles à notre camp, que nous voulions gagner pour être en capacité, quand nous gouvernerions d’être utile à notre camp. Je sais que certains pensent qu’aujourd’hui être utile à notre camp c’est rejoindre la candidature la plus populaire, peut-être, et c’est respectable de penser cela.
Mais avant de faire confiance aux sondages, faisons confiance dans nos analyses politiques fondées sur la volonté de répondre à la détresse de millions d’hommes et de femmes qui sont en situation aujourd’hui d’exiger de cette société qu’elle leur rende justice, en faisant en sorte que la dette économique et sociale qui est celle du système capitaliste à l’égard des salariés, des chômeurs, que cette dette soit réglée. Et nous devons être au moment de choisir, les représentants des 21 millions de Français qui ne sont pas partis en vacances. Au moment où nous devons nous prononcer sur le choix du candidat ou de la candidate, nous devons avoir en tête le sort et l’avenir de ces hommes et de ces femmes à qui il n’est pas temps de leur demander des efforts supplémentaires, mais temps de leur rendre justice.
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